# 1

LE PARFUM DU CROCAFE

Les carottes atterrissent sur une magnifique planète: de la végétation à perte de vue, et au milieu, un village abandonné. Le jugement du roi est clair: personne à moins de 100 lieues. Si la place est vraiment déserte, les bannis pourront s'installer. En fait le village est quasiment intact, comme si les habitants étaient partis la veille.

Mais la poussière et les journaux jaunis indiquent qu'il n'y a plus personne depuis longtemps.

Evariste s'emballe: pour la première fois de sa vie il va pouvoir choisir une maison.

Odilon s'inquiète: les habitants ne se sont pas volatilisés sans raison… Hilaire le rassure: au moins personne ne les ennuiera. Quant à lui, il va pouvoir rentrer au plus tôt et épouser sa fiancée. Il souhaite bonne chance aux deux bannis et remonte dans le vaisseau. L'engin pétarade et décolle poussivement.

Quelques minutes plus tard Hilaire voit sa jauge plonger dans le rouge. Il doit faire demi tour.

Dans la ville fantôme Odilon sent une odeur atroce. Il alerte Evariste. Mais ce dernier ne le suit plus. Il a trouvé une superbe maison: seulement les portes et les volets sont fermés… Avant de s'installer Odilon pense qu'ils doivent organiser leur subsistance. Evariste s'emporte: maintenant qu'ils sont bannis, il n'a plus de patron.

Désormais, c'est chacun pour soi!

Odilon sillonne les alentours. Au delà des champs de blé et de colza, la végétation se densifie en un labyrinthe naturel. Il ne s'aventure pas plus loin. De retour au village, il fait le tour des maisons en quête de vivres. Il tombe sur Evariste en plein pillage. Il tente à nouveau de le convaincre qu'ils devraient s'organiser pour récolter, s'ils veulent survivre. Mais Evariste a déjà rassemblé quelques provisions et n'en a cure. L'odeur atroce interrompt leur dispute: une carotte s'enfuit. Odilon s'effondre: ils ne peuvent pas rester! Evariste réplique: il n'y a personne pour voir qu'ils transgressent leur interdit. Et si cette carotte se cache c'est qu'elle n'a pas envie qu'on la trouve. Elle ne les caftera pas.

Hilaire atterrit en catastrophe dans un champ. Il découvre que son réservoir est percé à coups de griffes géantes! Il espère qu'au village il trouvera de quoi réparer. En chemin il tombe sur des traces de carnage: des carottes ont été dévorées ici! Il gagne le village à toute vitesse. Evariste et Odilon ne trouvent pas de trace de l'individu: soit il a disparu dans la nature, soit il se barricade dans la grande maison… Ils en défoncent la porte et découvrent un atelier de parfumeur.

Alors qu'ils hument de fines essences de terreau et de bouse, le parfumeur, vieux et grisonnant, les menace d'une fourche. Il les prend pour des voleurs et leur réserve le sort qu'ils méritent… il installe Evariste sur une bicyclette qui va entraîner une énorme meule dans une cuve à jus.

Ligoté au milieu de la cuve, Odilon attend de se faire écraser… Hilaire trouve la porte enfoncée. Attiré par le bruit de la meule il se précipite à l'intérieur. Il ne voit pas le parfumeur et pense qu'Evariste règle son compte à Odilon! Il se rue pour le faire tomber du vélo. Le parfumeur s'affole, mais Hilaire ramène le calme. Tout le monde s'explique: autrefois il y avait juste une clairière. Les carottes s'y sont installées. A force de défricher la clairière est devenue une belle vallée dans laquelle les colons ont prospéré. Jusqu'au jour où le fléau est apparu: le Crocafe a dévoré tout le monde. Alors les colons sont partis. Lui, il reste parce que cette planète verte est le paradis pour son activité de parfumeur. C'est grâce à elle qu'il est devenu le fournisseur officiel du palais. Hilaire comprend que le Crocafe a endommagé son vaisseau et confirme l'histoire du parfumeur. Maintenant les bannis ne peuvent rester dans le village puisque quelqu'un y habite. Et dans un rayon de 100 lieues il n'y a plus que le labyrinthe et le crocafe! Ils choisissent de partir.

Auparavant ils doivent colmater et remplir le réservoir. Les arbres fourniront de la résine, mais il faut du carburant. Evariste a repéré une station service. Mais ses pompes sont vides… Odilon claque des doigts: ils vont faire de l'essence en distillant le colza dans l'alambic du parfumeur!

Ils organisent la récolte, mais n'obtiennent qu'une faible quantité d'essence. Ils doivent chercher le colza de plus en plus loin. Odilon ne prend pas garde et pénètre dans le labyrinthe. Il flèche son parcours avec des fleurs pour retrouver son chemin. Inquiet, Hilaire part à sa recherche. En attendant il demande à Evariste d'aider le parfumeur. Evariste ne se fait pas prier. Une idée germe dans son esprit: sans le parfumeur, rien ne les empêcherait de rester…

Hilaire coure sur le chemin fléché. Plus il avance plus il sent le danger dans son dos. Alors que le Crocafe le talonne il aperçoit Odilon. Il se précipite et le plaque dans un taillis avant que le monstre ne les dévore. Couverts de terre, les deux carottes découvrent qu'elles puent, et que leur odeur infecte repousse le monstre. Ils sortent de leur trou. La voie semble libre. Mais ils doivent abandonner le fléchage: le crocafe mange toutes les fleurs!

Selon Odilon la dernière solution est de prendre toujours à gauche. Ils retrouvent la sortie.

Alors qu'ils atteignent le village le monstre est à leur trousses. Ils traversent une maison. Le crocafe les suit et reste bloqué.

Chez le parfumeur, Evariste est à ligoté: il a essayé de lui jouer un mauvais tour! Le parfumeur le libère après avoir obtenu l'assurance que ses compagnons le garderont à l'œil. La distillation achevée l'équipe se hâte de charger les bidons d'essence dans une brouette, et filent au vaisseau. Alors qu'ils remplissent les réservoirs le monstre détruit la maison. Il finit par sortir et se rue sur eux. Odilon propose au parfumeur de monter, mais ce dernier refuse catégoriquement.

Le vaisseau s'éloigne déjà quand le Crocafe accourt. Le parfumeur ne s'affole pas. Il sort une fiole et s'asperge le corps. L'odeur dégoûte le monstre qui vomit sur place. Le parfumeur passe tranquillement son chemin et regagne le village en cueillant quelques paquerettes. A bord du vaisseau Hilaire et Odilon sont furieux: Evariste a empuantit la cabine en vaporisant un extrait de parfum subtilisé dans l'atelier.